du 01 septembre au 27 octobre 2018

Expo

Gyptis & Protis / Des histoires d’amour à Marseille

Yohanne Lamoulère

© Yohanne Lamoulère
© Yohanne Lamoulère
© Yohanne Lamoulère
© Yohanne Lamoulère

Présentation

Marseille et l’amour : une histoire de mythe ? Yohanne Lamoulère porte à nouveau son regard sur la jeunesse et son écosystème, ses désirs et ses obsessions… un travail tout en tension qui interroge la relation amoureuse dans le tumulte de notre monde.

Le mariage de Gyptis et Protis symboliserait l’alliance de deux peuples. Pour le phocéen quittant sa terre natale, il faut croire à des mythes pour avoir le courage de partir et de, peut-être, trouver amour et postérité. Aujourd’hui, la relation amoureuse peut-elle constituer le socle qui nous tient vertical sur terre ? Les jeunes, aspirés par le tumulte du monde, se réfugient-ils dans ces douces promesses ? Le mythe s’inscrit dans l’image de terre d’accueil et de métissage que représente Marseille. Dans l’inconscient collectif, la ville apparaît comme une terre promise, un lieu où : n’importe qui, de n’importe quelle couleur, pouvait descendre d’un bateau et se fondre dans le flot des autres hommes. 

« Il est 23h et il faut arrêter les gens. On ne dit pas assez : tu es beau à regarder. On ne fait pas honneur aux visages. On court, on ne s’arrête jamais. L’amour ça vient en disant : attends, arrête, ne bouge pas. Ne bouge plus. Il faudrait arrêter les gens dans la rue. On peut passer une vie sans dire à personne de ne plus bouger et alors, on passe à côté. Yohanne Lamoulère fait découvrir l’amour à ceux qu’elle photographie. Elle dit : ne bouge pas. Alors le jeune Heddy dans le Nord de Marseille domine les éléments, les bâtiments, le temps. Yohanne Lamoulère met les corps, les gens et les bâtiments au-dessus du temps. C’est comme si chacun pouvait voir sa vie : de cet endroit-là, en suspens, il y a tous les lieux et tous les âges. Il y a ce qu’on aurait pu devenir. Il y a la ville qui peut disparaître. Il y a du possible. Ce n’est pas de l’immersion, Yohanne Lamoulère n’est pas en "immersion", elle est dans la vie tout court. A ceux à qui on a confisqué la réalité, à ceux à qui on raconte à longueur de journée qui ils sont, où ils vivent, ce qu’ils doivent faire, elle redonne le regard. Elle dit : arrête, je te regarde. Elle considère. Elle réinvente ce temps qui n’existe plus. Elle cherche cette chose archaïque qui sonne désuet : la compagnie des gens. Elle appelle ça : le patrimoine humain. Elle cherche : ce moment adolescent où la naïveté se bat avec la réalité. Elle sait qu’on a réduit les enfances. L’enfance avant se mesurait en années, elle osait parfois s’étirer jusqu’à la majorité. L’enfance elle disparaissait un soir de fête, un jour de diplôme ou de déménagement loin des parents. On avait le temps de faire ses adieux. Maintenant l’enfance s’en va devant la télévision un soir de JT, face à des informations qui donnent envie de fuir. Yohanne Lamoulère redonne force à une génération qui ne croit plus à l’orientation qui leur bloque l’horizon. Elle capte l’intranquillité. Elle capte la beauté. Elle dit : tu es beau. Tu peux t’aimer. Elle dit : je suis photographe, ça va plus vite, c’est pratique, pour ne pas dire : je fais découvrir l’amour. Elle dit : ne bouge pas, ne bouge plus, à ceux qu’elle croise dans la rue et qui après avoir été pris en photographie, seront un tout petit peu plus armés pour aimer. »

Aurélie Charon / France Culture

Biographie :

Yohanne Lamoulère naît en 1980, pas très loin de la Méditerranée. Elle obtient son bac aux Comores, prépare une licence d’histoire de l’art à Montpellier, puis est diplômée de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles en 2004, et s’installe finalement à Marseille. Yohanne n’a jamais eu la fibre du portraitiste mercenaire, dont le cadrage gommerait docilement le personnage tombé en disgrâce pour mieux inclure le « fils de » promis à un bel avenir. Elle préfère la compagnie des gens, pas parce qu’elle en aurait fait un épais concept, mais parce que c’est là où elle vit. Elle met du sien dans ses images sans jamais basculer dans le nombrilisme, cette subjectivité sans fond qui rend le monde plus opaque qu’il ne l’est vraiment.
(Bruno Le Dantec)

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